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21.01.2008

Je ne reprendrai pas ma carte au MoDem

Les centaines de milliers de lecteurs l'auront déjà remarqué, les couleurs dominantes des pages de ce blog ont un peu changé. De l'orange vif, on est passé au maronâtre un peu fade (bon, j'aurais pu faire encore plus laid mais il fallait alors que je paie un abonnement, ce à quoi je ne suis pas disposé).

Alors, qu'est ce qui motive ce changement ?

Et bien, simplement une décision que j'ai prise ce week end. Je suis passé de l'Ultra MoDem au centriste égaré. Et si je vais bel et bien faire campagne pour mon candidat MoDem dans mon arrondissement, je ne reprendrai pas ma carte lorsqu'il s'agira de la renouveler. Je resterai un sympathisant, mais je ne tiens plus à être le représentant d'un mouvement dont je vois plus les dérives que les apports à la vie politique française.

Déjà cet été j'avais pensé arrêter mon engagement politique. Et puis les personnes rencontrées dans ma section parisienne m'avaient donné envie de perséverer. Mais je sens bien que depuis quelques semaines, l'enthousiasme n'est plus là.

Plusieurs raisons m'ont amené à cette décision :

- ma famille politique d'origine, c'est l'UDF. Plus précisément l'UDF d'après 2002, celle qui participe à l'action mais qui ne transige pas sur ses convictions. Celle qui vote la censure, qui vote contre le budget ou qui, à chaque fois qu'elle conteste ou critique un projet gouvernemental, a une contre proposition argumentée à faire. Le site de l'UDF était alimenté quotidiennement des prises de position des députés ou sénateurs. Et ben vraiment ça bossait là bas ! Il y avait aussi les colloques, moins médiatiques que ceux de l'UMP mais très pointus, avec les interventions d'experts de tous bords. Franchement, ça avait de la gueule. C'était discret, mais un vrai apport au débat d'idées, reconnu même par les adversaires politiques. Aujourd'hui, sur le site du MoDem, on relaie à peine le travail des sénateurs. On ne retrouve pratiquement que les prises de position du Gourou et de la prêtresse. Pas dénuées d'intérêt, certes, mais parfois un peu trop paroles d'évangile. Surtout qu'il y a aujourd'hui un site pour le MoDem et encore un site pour Bayrou, dont le compte à rebours, qui était fixé sur le second tour des présidentielles, tourne aujourd'hui à l'envers... Tout un symbole ? Bref. D'un parti qui savait mettre en avant le travail remarquable de ses parlementaires, j'ai l'impression de me retrouver dans un parti où seule les paroles du chef et de sa fidèle n°1 sont mises en avant. On passe de la critique constructive à la critique tout court. Dommage. Et puis cette mascarade de la démocratie interne.... enfin passons.

- Je ne crois pas vraiment les critiques de certains qui reprochent à Bayrou d'aimer le culte de la personnalité qui lui est fait au MoDem. Si je l'appelle le grand gourou, c'est plus de l'humour qu'autre chose. L'homme en lui même est bon. Bayrou est intelligent est fin, il a un regard et une analyse très pertinents sur la société d'aujourd'hui. Il est capable d'impulser une vision, des valeurs, et un vrai engouement populaire sans être populiste. C'est la raison pour laquelle je l'ai suivi à l'UDF, aux présidentielles de 2002 et 2007 puis au MoDem. Mais c'est aussi un piètre stratège et un très mauvais manager.

Le piètre stratège. Après avoir cru dur comme fer à la stratégie autonomiste du centre, je me rends compte aujourd'hui qu'elle est vouée à l'échec. Les cas de Lyon, Caen ou Marseille que je citais la semaine dernière en sont une illustration. Cette stratégie est ambigue et je crains que les élécteurs du 1er tour n'aient cure des alliances de deuxième tour: ils voteront du coté où ils penchent naturellement, pas de celui où on leur dira de pencher. Cette stratégie est ambigue, aussi, parce que pendant qu'on défend l'autonomie à l'assemblée et aux municipales, notre groupe de sénateurs (dont le travail est remarquable, sincèrement), vote la plupart des lois avec l'UMP. Et Bayrou fera tout pour garder le groupe de sénateurs, c'est un apport financier non négligeable. C'est le grand écart du MoDem, qui perd ainsi en lisibilité et en cohérence !

Le très mauvais manager. Bayrou est donc, aussi, un très mauvais manager. On ne reviendra pas sur l'épisode des traitres qui ont fui dans l'entre deux tours. Si je regrette le départ de tous ces députés et cadres de l'UDF dans leurs camps de réfugiés respectifs, ça ne m'empèche pas pour autant de les comprendre par certains cotés. On peut reprocher à Morin ou Leroy, à Lagarde même si l'on veut d'être opportunistes et carrieristes. Je ne pense pas qu'on puisse le dire de Courson, Bourlanges ou - même - Cavada. Ces gens là, c'est mon analyse, ont été victimes du "mirage" Bayrou, qui mêle admiration et amitié passionnelle. Se sentant trompés et trahis par les évènements de l'entre deux tours, ils se sont réveillés et l'ont quitté avec mépris parfois. Ils ont tout donné pendant 5 ans pour FB, ont refusé des postes ministériels et supportés les menaces et intimidations de l'UMP. Et voila que BAyrou, par haine pour Sarko, leur refuse à nouveau la possibilité de travailler avec lui, les condamne à l'opposition pour les cinq années à venir ? Pour moi, il aurait été beaucoup plus constructif de travailler ensemble à la constitution d'une nouvelle majorité, et de la quitter le jour où les divergences étaient trop grandes. Au lieu de cela, Bayrou a préferé la Tour d'Ivoire. C'était son droit, mais je ne suis pas sûr qu'en faisant ça il gagne en crédibilité...

- enfin, et vous avez certainement eu l'occasion de le lire ici, je n'apprécie guère Marielle de Sarnez. Non pour la personne elle-même, mais pour sa façon de faire de la politique, de gérer ses équipes et pour son influence sur Bayrou. Je me demande comment cette femme qui n'a jamais rien prouvé électoralement (elle a tout de même été éliminée au premier tour des législatives en 2007, ça fait bizarre pour le leader du MoDem à Paris) a pu se hisser à cette place et y rester. Je reconnais que son projet pour Paris est le meilleur, et je voterai pour le MoDem aux municipales, puisque je ferai la campagne du MoDem dans mon arrondissement. Mais je ne comprends pas comment elle a si mal géré ses équipes qu'elle ait réussi à perdre des cadres qui pourtant avaient suivi BAyrou jusqu'aux législatives !! Tenait elle vraiment à les garder, ces Gibault, Saint Etienne et autres Stasi ? Et qu'en serait il aujourd'hui de Bariani, si BAyrou n'avait pas insisté pour l'avoir en tête de liste ? Je comprenais la situation - déjà calamiteuse - pour les investitures aux législatives, je ne la comprends pas aux municipales. Le renouvellement est une chose nécessaire, mais qui ne se prépare pas dans la précipitation, et l'UDF-MoDem parisien a perdu presque tous ses cadres en 6 mois. C'est pour moi une grande perte et le signe aussi d'un grand mépris des personnalités non alignées totalement sur la ligne officielle.

Bref. Voila quelques lignes qui clarifient ma position. Désormais je serai un sympathisant LIBRE du Modem mais plus obligé d'avaler des couleuvres en permanence.

Commentaires

excellent, en accord à 80 %.
La stratégie d'autonomie peut marcher, si les français suivent. "Vox populi, vox dei".

C'est hors de question que je laisse le centre (qui est le MoDem pour moi) aller n'importe où. Je n'ai pas encore pris ma carte MoDem (d'ailleurs apparemment tu as payé les deux cartes en 2012). Mais je l'ai déjà écrit:
"J'y suis, j'y reste" !

Ecrit par : Le Petit Grognard | 21.01.2008

Tout à fait d'accord avec toi et c'est justement pour cela que... je reste ! Tout est à construire, il faut l'accepter et c'est ça qui est passionnant même si les ruines et ses conséquences que tu résumes sont parfois révoltantes.

C'est le moment d'être le plus actif et de tenir. L'avenir j'en suis sûr en vaut la peine !

Ecrit par : Benjamin SAUZAY | 21.01.2008

@ Le petit grognard
Quels sont les 20% restants ?

@ B Sauzay
Vraiment je ne peux plus avaler les couleuvres que bayrou et sarnez nous font avaler depuis 6 mois. Je reste sympathisant, mais adhérent, non, j'ai assez donné. Mais heureusement qu'il y en a qui ont encore la foi (car pour moi il s'agit bien de foi...)

Ecrit par : le fond du bocal | 22.01.2008

Tu vas pas partir pour "une" "personnalité" ! Changeons de l'intérieur, c'est l'une des raisons pour lesquelles on s'est engagé ou bien ?

Ecrit par : Noa Sensei | 23.01.2008

@ Noa
1. Je ne pars pas, je reste sympathisant mais je ne renouvelle pas ma carte. c'est différent !
2. Ce n'est pas seulement Marielle de Sarnez qui m'a fait prendre cette décision (relis ma note), c'est plus globalement l'ambiguité de la stratégie (un parti c'est fait pour agir, pas pour attendre), le départ ou la mise en veilleuse de personnalités de grande qualité (Bourlanges, Saint Etienne, Courson, Arthuis...) et le fonctionnement interne du mouvement démocrate qui sont aujourd'hui rédhibitoires.
Mais comme disait Thierry Benoit (le dernier UDF), ce n'est certainement qu'un au revoir, car les centristes ont vocation (et tout intéret) à se retrouver.

Ecrit par : le fond du bocal | 23.01.2008

Je répondrai dans un article au vôtre, mais il y a d'ores et déjà quelque chose que je ne peux pas vous laisser dire. Bayrou n'a pas de haine envers Sarkozy. C'est ridicule de fonder une analyse politique là-dessus.
Vous comparez également à tort 2002-2007 et la nouvelle législature.
Il y avait de très fortes divergences entre Bayrou et Chirac, mais pas un refus fondamental de son projet politique, comme c'est le cas avec Sarkozy. Le noeud du problème, il est là. Et Bayrou ne s'enferme pas dans une opposition systématique : quand il est d'accord, il le dit tout haut. Mais le problème, c'est que ce n'est pas possible d'oeuvrer dans cette majorité.

Quant aux Municipales, finalement, Sarkozy avalise ce que Bayrou a toujours dit : les municipales sont locales ! Vous lui reprochez de s'en tenir à ce qu'il a toujours dit. Moi, je trouve au contraire la stratégie du MoDem très cohérente.

Simplement, c'est en rupture avec les habitudes de la classe politique française, c'est tout.

Pour Paris, moi aussi, j'ai certains désaccords avec Marielle de Sarnez sur le choix des têtes de listes, mais, il n'en reste pas moins qu'elle a une pratique politique, dans les faits, qui correspond à ma vision de la politique, et que son projet pour Paris est en adéquation avec l'idée que je me fais de l'avenir de ma ville.

Attention aussi à ne pas tout ramener à Marielle de Sarnez : songez qu'il y a aussi une technostructure, qu'elle décide aussi, et qu'elle impose parfois ses choix. Je sais qu'il y a deux ou trois têtes de listes que Marielle de Sarnez n'aurait pas choisies, mais je ne vous dirais pas lesquelles, parce que cela doit demeurer sous le sceau du secret.

Ecrit par : L'hérétique | 23.01.2008

@ L'hérétique
Merci pour votre réponse.

- A titre personnel, je pense qu'il aurait été possible de travailler avec cette majorité et que c'eût été constructif de le faire, notamment parce qu'on se serait sortis de cette image de donneurs de leçons, on aurait eu plus de visibilité, et on aurait eu la liberté de quitter la majorité quand nous le voulions (c''est ce qui se passe dans les autres pays). De plus, un parti donnant une voie modérée dans la majorité, ça aurait certainement aidé certains députés UMP à agir selon leurs convictions et non selon la discipline de parti.
Mais je peux comprendre aussi la stratégie de Bayrou; ce que je regrette, c'est que cette stratégie me semble avoir été décidée seulement par Bayrou et Sarnez, sinon les députés ne seraient certainement pas tous partis.

- Sur les municipales, mon avis est qu'il faut au maximum des listes autonomes au 1er tour; mais pour ne pas tromper les militants, réflechir au moins en interne à l'orientation préférée en cas d'alliance de second tour. Et ça j'ai l'impression que ça n'est pas fait. C'est ce que je trouve particulièrement ambigu et c'est ce qui a causé la scission post présidentielles.

- ce qui est ambigu aussi, c'est que Bayrou donne des gages à tout le monde (adhérents, élus en particulier sénateurs) pour garder le maximum de personnes autour de lui. C'est la cause selon moi de ce qu'on voit aujourd'hui à Lyon avec Mercier-Geourgon et les autonomistes convaincus.

- concernant Marielle de Sarnez, elle a pour moi trop d'influence au MoDem au regard de ce qu'elle a pu prouver électoralement.

Ecrit par : le fond du bocal | 23.01.2008

Alors l'Hérétique, je dois avoir 2 noms en tête sur 3... Je cherche encore !

Ecrit par : Noa Sensei | 23.01.2008

Moi aussi, j'ai ma petite idée (j'en ai même 4) !

Ecrit par : le fond du bocal | 23.01.2008

en fait, j'ai une certitude pour au moins 2 noms...enfin, 3 plutôt...

@ fond du bocal
Cela a été le pari du Nouveau Centre. Pouvez-vous m'expliquer en quoi ils influencent la majorité actuelle ? En réalité, le NC est un échec complet. Et cet échec était prévisible. Tous les petits mouvements centristes satellisés par l'UMp ont fait le choix le pire qui pouvait être. Tous auraient eu bien plus d'influence en demeurant au MoDem.

Quant aux élections municipales, on est forcément obligé d'attendre les projets des autres avant de déterminer avec qui on peut discuter...

Ecrit par : L'hérétique | 23.01.2008

@ l'Hérétique

Le NC n'a rien négocié sur le fond, seulement sur la forme (le groupe parlementaire); pour le reste il s'est littéralement jeté dans les bras de Sarko, avec l'échec retentissant que l'on connait.
Pour le MoDem, ce que je regrette le plus, ce n'est finalement pas la stratégie choisie, c'est plutôt la façon dont celle-ci a été décidée et anticipée en interne. En réalité j'ai l'impression que Bayrou n'avait pas anticipé ce deuxième tour et que rien n'avait été préparé, avec les conséquences que nous connaissons aujourd'hui.


Sur les municipales, je suis d'accord, attendons les projets, mais une fois qu'on les connait, on doit etre capable de dire "a priori, notre projet est plus compatible avec celui-ci qu'avec celui-là", et ce, avant le premier tour. Il faut être clair avec les électeurs, ou a minima avec les militants

Ecrit par : le fond du bocal | 23.01.2008

Je pense que tu ressens ce que de plus en plus de personnes qui ont une vision équilibrée de la société ressentent ou vont ressentir.

Le problème du Modem et du Nouveau Centre, c'est qu'ils se sont fondé sans projet politique.
Bayrou voulait sacrifier ses élus pour l'argent. Ces derniers n'en avaient pas vraiment envie et on donc décidé de le lâcher. Ce que je comprends (certains ont envie de bosser quand même!).

A voir cet affrontement et les tactiques politiques dignes de la IVe République alors qu'ils nous disent vouloir faire de la politique de façon différente, vont vite en écoeurer d'autres.

Certains rêvent à changer le Modem de l'intérieur. Je leur souhaite bien du courage, mais je crois qu'ils ne se rendent pas compte que le système est parfaitement verrouillé. Bayrou a un magot qu'il ne lâchera pour personne. Il coupera les têtes quand il le faudra. Il l'a fait à l'UDF (De Robien).
Il a commencé déjà avec Colette Girard à Tours qui avait fait le choix de soutenir le maire sortant...

Alors il faudra que les centristes se retrouvent sous une autre bannière que les deux frères ennemis, mais je ne crois pas que ce soit pour demain.
Il existe des partis (définis centre droit) qui permettent cette expression libre et qui sont clairement réformiste.
Si on souhaite changer les choses, il est sans doute bien plus efficace de reconstruire en rejoignant ces partis plutôt que de tenter de crier dans l'espace...

Ecrit par : Richard PICHET | 24.01.2008

@ Richard,

Merci de votre commentaire. Toutefois je suis en parfait désaccord avec vous ! Si les partis de centre-droit dont vous parlez sont les radicaux ou l'UMP (je n'en vois pas d'autre de crédible), loin de moi l'idée de les rejoindre à court moyen ou long terme. Je suis centriste, et le centre droit ou le centre gauche n'a pour moi pas vraiment de sens. Je pense juste que le centre a pour vocation l'action et non l'observation.

Quant au fait que selon vous "Bayrou voulait sacrifier ses élus pour l'argent" je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Oui Bayrou est prêt à sacrifier pas mal de chose pour ses convictions et pour 2012 (et parmi ces choses, ses élus), mais pour de l'argent, non.

Ecrit par : le fond du bocal | 24.01.2008

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