29.02.2008
Reviens, Jean-Louis, le centre a besoin de toi...
Le Nouveau centre présente sur son site un article de JL Bourlanges, ex député européen UDF, soutien de Bayrou à la présidentielle et dont, avec le recul de 6 mois, je partage presque complètement l’analyse. J’avais déjà parlé de lui ici, vous comprendrez donc si ce n’était pas encore le cas que je l’apprécie bien et que je regrette sa mise en retrait forcée de la vie politique. J’attends d’ailleurs toujours son livre sur le centre…
Suis-je un modémiste déçu ? Oui, je l’affirme à nouveau ! Et je suis un centriste orphelin. Localement MoDem, car en phase avec le programme et les orientations des candidats parisiens, mais nationalement sans attache. Déçu de tout ce gâchis. Déçu par Bayrou dont j’admire toujours la sincérité de l’engagement et les capacités d’analyse fines de la société d’aujourd’hui, mais en qui je n’ai plus vraiment confiance pour conduire la réforme.
Allez, lisez plutot.
Bayrou, révolté immobile
François Bayrou est de retour. Les malheurs du pouvoir faisant le bonheur des opposants, le voici à nouveau campé dans son rôle de prédilection, celui de prophète procureur, stigmatisant l'indignité de la droite et la servilité du centre, dénonçant pêle-mêle le veau d'or et les paillettes, les capitalistes et les cléricaux, les traîtres et les collaborateurs, marchant sur le corps des notables de l'ancienne UDF comme sainte Jeanne de Chantal sur celui de ses enfants. En politique, l'ennemi, ce n'est pas l'étranger, mais le frère. Dans la haine comme dans l'amour, les copains d'abord !
Le procès des ex-copains mérite toutefois réflexion. Le Nouveau Centre est peut-être un camp de réfugiés, mais le vrai transfuge, c'est Bayrou lui-même. Ce qui frappe dans sa marche en crabe vers la gauche, c'est la profondeur du fossé qui le sépare désormais du credo de son ancienne famille. L'UDF était économiquement libérale, politiquement respectueuse des corps intermédiaires, éprise de solidarité atlantique, passionnément attachée à la construction européenne. Tout en Bayrou récuse cet orléanisme abhorré.
Ses héritages sont ailleurs. Ils lui viennent du général de Gaulle et de François Mitterrand. Son projet politique, encore virtuel, s'alimente à deux sources. D'abord un culte romantique du héros solitaire et rédempteur, placé "hors de toutes les séries" par la divine providence pour porter la lumière du monde. Ensuite, un antilibéralisme néocorporatiste de petit paysan catholique qui lui fait regarder le capitalisme et la privatisation avec horreur, les Etats-Unis avec les yeux de Tintin et l'Union européenne elle-même avec une méfiance grandissante. Bayrou n'est pas au centre, comme il vient au reste de le reconnaître, mais, simultanément, à la droite de la droite et à la gauche de la gauche.
Au moment où les patrons du CAC 40 délocalisent allégrement et s'adjugent des rémunérations pharaoniques, tandis que les Etats-Unis se perdent quelque part entre Bagdad et Guantanamo, que l'Europe rumine ses impuissances et que Sarkozy confond joyeusement libéralisme et ploutocratie, ce positionnement est électoralement porteur. Reste la question stratégique : le nouveau chantre de l'exception et du modèle social français devait-il rompre avec la droite ? La haine peut être mauvaise conseillère. Le tracteur Bayrou a besoin d'une terre meuble où labourer. La droite, volage, désinvolte et désormais déboussolée, aurait pu la lui offrir. Pétrifiée dans ses dogmes, ses anathèmes et ses appareils, la gauche risque d'être d'un granit plus résistant.
Mitterrand avait triomphé en s'emparant du PS et en sacrifiant généreusement au crétinisme programmatique. Bayrou joue d'un tout autre clavier. Son succès dans le monde enseignant, clef de sa percée présidentielle, lui a appris la puissance électorale du conservatisme. La réforme est à droite, le statu quo sera donc de gauche. Il faut changer la politique pour ne pas changer la société. Promettre un bouleversement d'opérette pour tourner sur leur gauche les apprentis sorciers du réformisme social-démocrate. François Bayrou inaugure une formule inédite : l'immobilisme révolutionnaire.
10:01 Publié dans Pour le rassemblement des centristes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : udf, modem, bayrou, nouveau centre, bourlanges
18.11.2007
Portraits de centristes : les valeurs sûres (1)
A voir la liste que j’ai établie dans cette catégorie, je remarque deux éléments :
- toutes ces personnalités se situent plutôt dans la frange du centre-droit, ce qui peut à mon avis s’expliquer par le fait que jusqu’à aujourd’hui, le centre-gauche n’a pas eu de porte-voix s’affirmant vraiment de cette frange là du centrisme
- ces personnalités représentent la plupart des mouvements issus de la diaspora actuelle du centre : UDF, UDF-MoDem, Nouveau Centre, UMP. En revanche je n’ai pas mis de radicaux. Borloo pourrait être de ceux-ci mais il ne m’est pas apparu spontanément comme une valeur sûre du centre : peut être que son positionnement ne me semble pas assez clair pour être parmi ce panthéon des centristes encore en activité.
Pour moi, Jean-Louis Bourlanges fait sans aucun doute partie des personnalités politiques centristes les plus intelligentes et les plus remarquables. Européen – plus que – convaincu, analyste averti de la politique actuelle, il fait preuve – à mon goût – d’une véritable honnêteté et constance intellectuelles, ce qui le conduit régulièrement à affirmer avec franchise ses opinions, même quand elles vont à contre-courant des prises de position « officielles » de son parti politique.
Durant la campagne présidentielle 2007, il n’a jamais caché sa prudence face à la stratégie ni droite – ni gauche de Bayrou et a eu le courage de le réaffirmer avec force lors du congrès de l’UDF décidant la création du Mouvement Démocrate, accusant Bayrou et ses fidèles de s’enfermer « dans la plus sympathique, mais la plus tragique des impasses stratégiques ». Analyse que par certains cotés j’avoue partager (et les urnes l’ont cruellement montré aux législatives).
Bourlanges, en quittant Bayrou, n’a pas pour autant adhéré au Nouveau Centre et a choisi de laisser son siège au parlement Européen, qui perd par là même un homme de grande valeur. Membre de la commission Balladur sur les institutions, il prépare par ailleurs un livre intitulé « la Tragédie du centre » pour Février 2008. Croyez moi, je serai un des premiers à le dévorer !
Est-ce que c’est parce que comme moi, Charles de Courson a parcouru les couloirs de l’Essec pendant ses années d’études (enfin moi je n’ai pas fait l’ENA après…) ? Est-ce parce que son
témoignage expliquant pourquoi il soutenait Bayrou pendant les présidentielles était particulièrement touchant (voir la vidéo sur http://www.dailymotion.com/relevance/search/courson/video...) ?
Je n’ai pas la réponse précise, mais toujours est il que j’ai beaucoup de respect et même d’affection pour Charles de Courson, surnommé par ses pairs « Tintin au pays de la dette » : c’est certainement des 577 députés français le plus au courant des mécanismes budgétaires et de la question de la dette. Son orthodoxie budgétaire est reconnue dans tout l’hémicycle et je regrette qu’il n’ait pas aujourd’hui la place et l’influence qu’il mériterait d’avoir à l’Assemblée. Il aurait certainement de nombreuses raisons de ne pas voter le budget 2008, fidèle à sa majorité et à son nouveau parti, il le votera en essayant de limiter la casse avec des amendements qui toutefois ne seront pas retenus. Tous les députés du Nouveau Centre n’ont pas son intelligence et sa rigueur ; Charles de Courson mérite estime et respect même s’il n’a pas choisi la même stratégie d’alliances que son ancien camarade Bayrou.
-----
A venir :
- Pierre Méhaignerie
- Jean-Marie Cavada
- Jean Arthuis
- Didier Bariani
16:00 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : udf, modem, ump, nouveau centre, bourlanges, courson, bayrou
16.11.2007
MoDem : Jean Arthuis veut raisonner François Bayrou
Je reproduis juste ces phrases qui montrent bien que Jean Arthuis veut peser sur l'UDF-MoDem de l'intérieur, plutôt que de rejoindre ce que Bourlanges appelle « l’amicale d’élus » du Nouveau Centre. Franchement, je trouve ça plutôt honnête et courageux, même si on sent un assez fort ressentiment contre François Bayrou (que par certains côtés j’avoue partager…)
Le Point : Envisagez vous de quitter le MoDem pour le Nouveau Centre ?
J. A. : Ce n’est pas à l’ordre du jour. Je ne vois pas pourquoi je quitterais ma famille politique, et je n’entends surtout pas en laisser les clefs à François Bayrou. Je reste à l’UDF-MoDem pour en dénoncer la présidentialisation et l’absence de vie démocratique. Par ailleurs, je pense que les petites chapelles ne peuvent pas nous aider à nous reconstruire. Je le répète, ce qu’il faut, c’est le rassemblement. Cela peut sembler utopique, mais il faut bien un peu d’utopie en politique.
10:55 Publié dans Pour le rassemblement des centristes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : arthuis, modem, udf, nouveau centre, bayrou, bourlanges

